Diagnostic CIM-10
Gérard de Nerval est classiquement diagnostiqué de
bipolaire. Le diagnostic de manie du Dr Blanche doit en être pour
partie responsable. Cependant il faut rappeler que ce terme n'avait pas
le sens que nous lui prêtons aujourd'hui. Il s'agissait d'une
appellation générique pour une crise de folie, de
démence ou un état de fureur.
L'aspect rémittant des épisodes est aussi un des
éléments qui a fait envisager ce diagnostic si on adopte
la nosologie française. Mais avec les définitions de la
CIM-10, cette caractéristique évolutive s'observe aussi
bien dans certaines schizophrénies.
Certes les troubles semblent s'être accompagnés d'une
perturbation de l'humeur, au moins en partie concourante avec les
troubles psychotiques. Mais ces derniers semblent avoir existés
au moins par instant en l'absence de dérèglement thymique
évident, ce qui exclu un trouble bipolaire avec composante
psychotique non congruente à l'humeur pour la CIM-10. Notez que
le caractères non congruent
est surtout lié aux hallucinations qui pour certaines semblent
ne pas entretenir de lien avec la composante émotionnelle
(exemple : hallucinations neutres). Les idées délirantes
pourraient essentiellement s'expliquer par la note thymique, encore que
l'idée d'un lien avec la mécanique de l'univers puisse
être discutable :
"Je
m'imaginai d'abord que les personnes réunies dans ce jardin
avaient toutes quelque influence sur les astres, et que celui qui
tournait sans cesse dans le même cercle y réglait la
marche du soleil. Un vieillard, que l'on amenait à certaines
heures du jour et qui faisait des noeuds en consultant sa montre,
m'apparaissait comme chargé de constater la marche des heures.
Je m'attribuai à moi-même une influence sur la marche de
la lune, et je crus que cet astre avait reçu un coup de foudre
du Tout-Puissant qui avait tracé sur sa face l'empreinte du
masque que j'avais remarquée.
J'attribuais un sens mystique
aux conversations des gardiens et à celles de mes compagnons. Il
me semblait qu'ils étaient les représentants de toutes
les races de la terre et qu'il s'agissait entre nous de fixer à
nouveau la marche des astres et de donner un développement plus
grand au système. Une erreur s'était glissée,
selon moi, dans la combinaison générale des nombres, et
de là venaient tous les maux de l'humanité. Je croyais
encore que les esprits célestes avaient pris des formes humaines
et assistaient à ce congrès général, tout
en paraissant occupés de soins vulgaires. Mon rôle me
semblait être de rétablir l'harmonie universelle par art
cabalistique et de chercher une solution en évoquant les forces
occultes des diverses religions.
[...] Il y avait une vaste
conspiration de tous les êtres animés pour rétablir
le monde dans son harmonie première, et que les communications
avaient lieu par le magnétisme des astres, qu'une chaîne
non interrompue liait autour de la terre les intelligences
dévouées à cette communication
générale, et que les chants, les danses, les regards,
aimantés de proche en proche, traduisaient la même
aspiration. La lune était pour moi le refuge des âmes
fraternelles qui, délivrées de leurs corps mortels
travaillaient plus librement à la
régénération de l'univers." (2ème partie, VI, p29)
La survenue aiguë du trouble, sa durée a priori
brève (pour le premier épisode au moins, c'est beaucoup
moins claire, voir moins vrai pour les suivants) et surtout la polymorphie des
manifestations thymiques et psychotiques pourrait faire envisager le
diagnostic de trouble psychotiques aigus et transitoire. La
présence d'illusions visuelles persistantes et d'un trouble du
cours de la pensée (cf. lettre) suffiraient à remplir les critères d'une schizophrénie. On pourrait donc envisager le diagnostic de trouble psychotique aigu polymorphe avec symptômes schizophréniques (F23.1) pour le premier épisode.
En revanche, les épisodes de 53-54 semblent trop long (> 1
mois, encore qu'en l'absence d'éléments
schizophréniques, la durée peut aller jusqu'à 3
mois). Aussi la forte composante thymique concurrente devrait
plutôt faire envisager le diagnostic de trouble schizo-affectif. Le type semble plus vraisemblablement mixte
de par l'entremêlement des composantes d'exaltation,
d'anxiété et de dépression se succédant
apparemment rapidement, voir s'entremêlant (F25.2).
A noter que le diagnostic de trouble psychotique aigu polymorphe
(avec ou sans symptômes schizophréniques) est censé
correspondre à notre bouffée délirante aiguë
ou aux psychoses cycloïdes de l'école de WKL. Le
caractère polymorphe
est important, au moins sur le plan pronostic, puisque sa
présence semble exclure dans plus de 95% des cas une
évolution vers la chronicité selon une étude
menée à Halle (Allemagne) par Marneros et Pillmann
(HASBAP : Halle Study on Brief and Acute Psychoses). Mais à
l'inverse, l'absence de polymorphie n'implique pas un risque
évolutif particulier.
Diagnostic DSM4R

Il n'y a pas de critère de durée minimum aussi stricte pour les troubles schizo-affectifs que pour la schizophrénie
dans le DSM4R (troubles présents pendant >1 mois vs. recul de 6 mois), mais la
nécessité d'observer des symptômes psychotiques en
l'absence de symptômes thymiques pendant au moins 2 semaines (le
reste du temps les deux doivent être concourants). Aussi le
diagnostic oscille entre trouble bipolaire avec composante psychotique
non congruente à l'humeur et trouble schizo-affectif.
Remarquez que le DSM ne dispose pas d'une catégorie similaire
à celle des troubles psychotiques aigus et transitoires. Le trouble psychotique bref
n'est pas équivalent dans le sens qu'il exclue la
présence significative d'un trouble thymique et qu'il ne
reconnaît pas les éléments de bon pronostic que
sont l'installation sur-aigue (< 48h) et la polymorphie (la
présence d'un facteur de stress aigu est le seul facteur de bon
pronostic reconnu, l'idée étant de se rapprocher de la
définition des psychoses réactionnelles). En pratique les
troubles psychotiques brefs sont inclus dans les troubles psychotiques
aigus et transitoires, mais sans leur être équivalent.
Beaucoup trop restrictifs, ces critères n'ont jamais
bénéficier d'une validation correcte.
Le DSM ne reconnaît pas la spécification de mixité
pour les troubles schizo-affectifs. Il faut dire que même si cela
était le cas, Gérard de Nerval ne les remplirait pas tant
ils sont difficile à satisfaire : remplir simultanément
les critères d'un trouble maniaque et d'une trouble
dépressif majeure ! Si les critères d'une forme maniaque
semble facile à remplir, il n'en est pas de même pour la
dépression sur la base des documents dont nous disposons. Aussi
le diagnostic de trouble schizo-affectif de type bipolaire semble le
mieux correspondre (F25.0).
Notez que la séparation en forme bipolaire et dépressive
a une incidence pronostique. La forme bipolaire maniaque (notion de
schizo-manie) est de pronostic plus proche des troubles bipolaires,
alors que la forme dépressive est plus proche de celle de la
schizophrénie.
La distinction entre forme schizo-affective bipolaire et forme
schizo-affective schizophrénique ne peut pas être
superposée à la notion précédente. Cette
séparation issue des critères de recherche de Spitzer a
été intégrée à la classification
elle-même et explique l'exigence de troubles psychotiques en
l'absence de trouble de l'humeur pendant au moins 2 semaines pour se
rapprocher de la définition de la forme schizo-affective
schizophrénique, la seule à se distinguer des troubles
bipolaires sur le plan pronostic.
Une dernière remarque a trait à la fin tragique par
suicide de Gérard de Nerval. Le diagnostic de trouble
schizo-affectif de type dépressif, et encore plus de type mixte,
est la forme la plus à risque de suicide, au moins aussi
élevé que dans la bipolarité dans le suivit de la
cohorte de Zurich (soit 19% de décès par suicide en
moyenne !). Ceci place le trouble loin en avant de la
schizophrénie, dont le chiffre de 10% souvent avancé
correspond en fait à l'ensemble schizophrénie +
schizo-affectif. Le risque de décès par suicide dans la
schizophrénie selon les critères du DSM4-R est plus
proche des 5%.
Diagnostic WKL

La forme est clairement polymorphe, les familles PMD, psychoses
cycloïdes et schizophrénies non systématisées
sont donc à envisager.
La présence de trouble psychotiques non congruents à
l'humeur rend peu probable une PMD (dont le diagnostic est beaucoup
plus restrictif par rapport à celui du trouble bipolaire).
Avant d'envisager plus avant la distinction, il convient de se
focaliser sur la fonction la plus atteinte : l'émotion, la
pensée ou la psychomotricité. La grande confusion (cf.
Aurélia) désorganisation de la pensée (cf. lettre)
et du comportement (cf. descriptif) dont il semble avoir fait preuve
devrait nous faire avant tout envisager soit une psychose confusionnelle (famille des psychoses cycloïdes), soit une cataphasie (famille des schizophrénies systématisées).
L'exclusion d'une cataphasie se fait formellement sur la base d'un test psychique expérimental
négatif pendant un épisode. Hors d'une épisode, le
test est évocateur dans plus de 95% des cas, spécifique
dans 65%. En l'absence de cette donnée ce diagnostic ne peut
être formellement éliminé.
Cependant un très grand nombre d'éléments plaide pour une psychose confusionnelle :
Avant tout l'alternance de phase de confusion sous une forme d'inhibition de la pensée et sous une forme d'excitation.
Exemple de confusion dans sa forme inhibée (le numéro des
pages est donné en référence à la mise en
page d'Aurélia mise à dispositon sur le site) :
"Les
visions qui s'étaient succédé pendant mon sommeil
m'avaient réduit à un tel désespoir, que je
pouvais à peine parler; la société de mes amis ne
m'inspirait qu'une distraction vague; mon esprit, entièrement
occupé de ces illusions, se refusait à la moindre
conception différente; je ne pouvais lire et comprendre dix
lignes de suite." (2ème partie, IV, p.25)
Ou le vécu d'une forme excitée atténuée :
"Je
dissertais chaleureusement sur des sujets mystiques; je les
étonnais par une éloquence particulière, il me
semblait que je savais tout, et que les mystères du monde se
révélaient à moi dans ces heures suprêmes." (1ère partie, II, p.6)
A noter que si l'humeur est le plus fréquemment congruente, cela n'est pas obligatoire.
Dans cette dernière phase, la fin de la lettre destinée au Dr Blanche montre une incohérence de choix thématique
sévère qui correspond à la désorganisation
particulière de ce trouble (ruptures indiquées par '¤').
"J'ai peut-être plus de protections à faire mouvoir [valoir ?] que vous n'en rencontrerez contre moi. ¤
Je ne sais pas si vous avez trois ans ou cinq ans, mais j'en ai plus de
sept et j'ai des métaux cachés dans Paris. ¤
Si vous avez pour vous-même le G**** O***** je vous dirai que je
m'appelle le frère terrible. Je serais même la soeur
terrible au besoin. ¤ Appartenant en secret à l'Ordre des Nopses, qui est d'Allemagne, mon rang me permet de jouer carte sur table...¤ Dites-le à vos chefs..."
Les autres courriers montrent une forme moins
sévère qui peut passer pour une forme de digression
littéraire.
Un autre signe caractéristique est la présence d'erreurs de reconnaissance
Ainsi au cours du premier épisode :
"Partout je retrouvais des figures connues." (1ère partie, IV, p.8)
Ou du second :
"J'entrai
au café de Foy dans cette idée, et je crus
reconnaître dans un des habitués le père Bertin des
Débats." (2ème partie, V, p.28)
Mais attention, des erreurs de reconnaissance s'observent
aussi dans d'autres troubles, ici c'est leur caractère non
liée à une émotion ou un délire, et
passager ou non fixé (il a cru reconnaître) qui est en
faveur de ce trouble.
Ceci est à rapprocher de véritables trous de mémoire lorsque le trouble est au plus fort (cf. Patrick). Ainsi a début du premier épisode :
"Beaucoup de parents et d'amis me visitèrent sans que j'en eusse la connaissance." (1ère partie, III, p.8)
Ou au début du second épisode, Nerval ne semble pas se souvenir comment il est arriver à l'hôpital.
"Pendant
la nuit, le délire augmenta, surtout le matin, lorsque je
m'aperçus que j'étais attaché. Je parvins à
me débarrasser de la camisole de force et vers le matin je me
promenai dans les salles." (2ème partie, V, p.28)
On observe aussi des falsifications mnésiques :
"deux
amis que j'avais cru voir déjà vinrent me chercher avec
une voiture. Je leur racontai tout ce qui s'était passé,
mais ils nièrent être venus dans la nuit." (1ère partie, III, p.7)
Ces trouble de la mémoire expliquent aussi les fréquents égarements et l'errance qu'il rapporte.
"Il appela sa femme qui me dit: "Qu'avez-vous? - Je ne sais, lui dis-je, je suis perdu" ". (2ème partie, IV, p.27)
Enfin, il est sans doute en lien avec le vécu
onirique, la difficulté qu'à le sujet à faire la
part de ce qu'il a vécu à l'état de veille et ce
qu'il a rêvé en cours de son sommeil. Nerval met les
deux sur un pied d'égalité, ce qui ne doit pas être
un simple effet littéraire, mais bien la façon dont il a
vécu son trouble. De plus, lorsqu'à posteriori le sujet rapporte son vécu de
l'épisode, il décrit l'impression d'avoir vécu tout cela comme dans un rêve
:
"l'épanchement du songe dans la vie réelle" (1ère partie, III, p.6).
On retrouve les facteurs prodromaux classiques avec le manque de
sommeil précédent l'épisode, qui au moins dans le
premier cas est lié à une surcharge de travail. Voici ce
qu'il dit pour la seconde série d'épisode (1853-54) :
"Les
corrections m'agitèrent beaucoup. Peu de jours après
l'avoir publiée, je me sentis pris d'une insomnie persistante.
J'allais me promener toute la nuit sur la colline de Montmartre et y
voir le lever du soleil. Je causais longuement avec les paysans et les
ouvriers. Dans d'autres moments, je me dirigeais vers les halles. Une
nuit, j'allai souper dans un café du boulevard et je m'amusai
à jeter en l'air des pièces d'or et d'argent. J'allai
ensuite à la halle et je me disputai avec un inconnu, à
qui je donnai un rude soufflet;" (2ème partie, V, p.27)
On reconnaît aussi le début suraigu
après une nuit d'insomnie complète, entraînant une
hyperactivité ou une agitation, une logorrhée, des
troubles du comportement et une irritabilité.
La versatilité des émotions qui oscillent entre extase et angoisse, voir dépression.
"O terreur! voilà l'éternelle distinction du bon et du mauvais" (p.30)
"Une nuit, je parlais et chantais dans une sorte d'extase" (p.31)
"Toute mon existence semblait devoir se consumer à monter et descendre" (p.32)
Ceci a été intégré par Perris
dans ses critères qui mélangent toute les formes de
psychoses cycloïdes, mais cela ne fait pas parti de ceux que
Leonhard utilise. Il ne s'agit pour lui que de l'émergence des
autres formes dans la forme principale. Il faut cependant
reconnaître leur grande fréquence. Perris avait aussi
rapporté la très grande fréquence des
préoccupations par des idées de morts :
"En entrant, je lui dis que tout était fini et qu'il fallait nous préparer à mourir". (2ème partie, IV, p.27)
S'y associe souvent des impressions de fin du monde
"Puis,
je me dis: "Mais c'est plus encore! c'est le véritable
déluge qui commence." L'eau s'élevait dans les rues
voisines; je descendis en courant la rue Saint-Victor et, dans
l'idée d'arrêter ce que je croyais l'inondation
universelle..." (2ème partie, V, p27)
Les idées de référence, la sensation de concernement sont fréquentes
"et le prêtre fit un discours qui me semblait faire allusion à moi seul". (p26)
Avec le sentiment que tout prend sens
"Le
langage de mes compagnons avait des tours mystérieux dont je
comprenais le sens, les objets sans forme et sans vie se
prêtaient eux-mêmes aux calculs de mon esprit; - des
combinaisons de cailloux, des figures d'angles, de fentes ou
d'ouvertures, des découpures de feuilles, des couleurs, des
odeurs et des sons je voyais ressortir des harmonies jusqu'alors
inconnues." (p.30).
De même que la sensation de déréalisation :
le monde paraît irréel ou ses couleurs
paraissent transformées
"Je
me dis que probablement le soleil avait encore conservé assez de
lumière pour éclairer la terre pendant trois jours, mais
qu'il usait de sa propre substance, et, en effet, je le trouvais froid
et décoloré." (2ème partie, IV, p. 27)
Ou encore de déréalisation des autres
personnes pour lesquelles la façon de l'exprimer actuellement
est plutôt "comme robotisé".
"je
ne faisais que me promener dans l'empire des ombres. Les compagnons qui
m'entouraient me semblaient endormis et pareils aux spectres du
Tartare" (2ème partie, V, p.29-30)
Enfin il peut y avoir la sensation de dépersonnalisation souvent en lien avec une forte angoisse :
"Là
il me sembla que tout le monde me regardait. Une idée
persistante s'était logée dans mon esprit, c'est qu'il
n'y avait plus de morts; je parcourais la galerie de Foy en disant:
"J'ai fait une faute", et je ne pouvais découvrir laquelle en
consultant ma mémoire que je croyais être celle de
Napoléon." (2ème partie, V, p.28)
Les hallucinations acoustico-verbales sont fugitives dans le cas de
Nerval, mais peuvent être beaucoup plus envahissantes. Les
hallucinations visuelles peuvent se voir, encore que dans le cas de
Nerval il s'agisse surtout d'illusions, mais auxquelles il faut
attacher la même signification qu'à une hallucination.
Le comportement comprend des phases d'agitation et de stupeur qui
doivent ici être interprétées comme secondaires au
trouble de la pensée, et non primaire comme dans les formes
psychomotrices :
"Je
marchai à grands pas, parlant avec animation de l'ignorance des
hommes qui croyaient pouvoir guérir avec la science seule, et
voyant sur la table un flacon d'éther, je l'avalai d'une
gorgée. Un interne, d'une figure que je comparais à celle
des anges, voulut m'arrêter, mais la force nerveuse me soutenait,
et, prêt à le renverser, je m'arrêtai, lui disant
qu'il ne comprenait pas quelle était ma mission." (2ème partie, V, p.28)
Et pour la stupeur :
"L'état
cataleptique où je m'étais trouvé pendant
plusieurs jours me fut expliqué scientifiquement," (1ère partie, V, p.11).
A noter que l'activité motrice peut contraster
singulièrement avec le niveau d'activité de la
pensée. Aussi dans cette phase cataleptique, Nerval semble avoir
présenté une tachypsychie. Il s'agit pour Leonhard d'une
mixité (non pas au sens stricte, mais au sens large, comme
l'avait utilisé Kraepelin et Weygand avant lui).
Enfin Nerval décrit bien la guérison de la pathologie
elle-même, qui précède de plusieures mois la
disparition des idées délirantes résiduelles :
"Les
soins de l'art m'avaient rendu à la santé sans avoir
encore ramené dans mon esprit le cours régulier de la
raison humaine." (1ère partie, VII, p.13)
Sans que pour autant la personne qui a souffert de cet
épisode ne cherche à le rationaliser, à le
comprendre, àç l'intégrer dans sa vie. La
présence de ce questionnement est d'ailleurs reconnu comme
étant un signe de bon pronostic (pas seulement en lien avec la
présence d'un insight pouvant exister indépendament) :
"Telles
sont les idées bizarres que donnent ces sortes de maladies; je
reconnus en moi-même que je n'avais pas été loin
d'une si étrange persuasion. Les soins que j'avais reçus
m'avaient déjà rendu à l'affection de ma famille
et de mes amis, et je pouvais juger plus sainement le monde d'illusions
où j'avais quelque temps vécu. Toutefois, je me sens
heureux des convictions que j'ai acquises, et je compare cette
série d'épreuves que j'ai traversées à ce
qui pour les anciens, représentait l'idée d'une descente
aux enfers." (2ème partie, VI, p36)
Nerval décrit enfin la difficulté qu'il y a à
refaire fonctionner la pensée comme avant, une sorte de lenteur
psychique post-épisode qui met quelques mois à
disparaître et qui a tendance à durer plus longtemps
actuellement avec certains neuroleptiques. Leur valence
anticholinergique pourrait y être pour quelques chose :
"Au
bout d'un mois j'étais rétabli. Pendant les deux mois qui
suivirent, je repris mes pérégrinations autour de Paris.
Le plus long voyage que j'aie fait a été pour visiter la
cathédrale de Reims. Peu à peu je me remis à
écrire et je composai une de mes meilleures nouvelles. Toutefois
je l'écrivis péniblement, presque toujours au crayon, sur
des feuilles détachées, suivant le hasard de ma
rêverie ou de ma promenade." (2ème partie, V, p.27)
Il faut insister sur les effets extrêmement
délétères du cannabis sur ce type de trouble, qui
le transforme en véritable forme maligne tant les
épisodes peuvent alors se succéder à un rythme
soutenu empêchant la récupération entre les
accès. Son arrêt doit être un prérequis.
Pour finir, le trouble de Nerval paraît tardif (31 ans pour le
premier épisode), mais il faut se rappeler que l'age moyenne de
survenu du premier épisode est de 28 ans.
Nous avons cependant régulièrement fait l'observation de
formes à début précoce (fin adolescence, adulte
jeune), mais qui survenaient alors majoritairement soit dans un
contexte de petit niveau intellectuel poussé dans ses limites
adaptatives (cf. Ben) ou alors lié à la prise de cannabis
(cf. Biam). Bien que cela n'ait pas été
démontré, il n'est pas impossible que ces formes tirent
artificiellement ce chiffre vers le bas, par rapport aux formes
classiques.
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